||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Hommage à Khalil Gibran

Voilà bien longtemps que j’ai repris le vaisseau qui revenait du lointain pour me chercher. J’ai parcouru la route sur l’immensité océane, la même qui m’avait jadis mené vers vous, pour m’en retourner vers la contrée où débuta le cours de ma frêle existence. Ma destinée m’inclina à retrouver la terre qui me fit naître au crépuscule de mon individu, afin qu’elle le recouvre quand l’heure serait venue. Dans le pays de ma naissance, j’ai vécu encore quelques printemps, j’ai connu encore quelques plaisirs, j’ai éteint quelques ultimes désirs, puis je suis mort.

Voilà de nombreuses rotations terrestres que j’ai laissé vos aïeux à leurs questionnements. Les mêmes pénibles questionnements qui vous tourmentent aujourd’hui. Ils sont pénibles pour celui qui sait comme pour l’ignorant. Le premier est comme une onde musicale qui se brise sur le mur qu’est le second. Que souhaitiez-vous savoir, gens d’Orphalèse ? Où plutôt, que vouliez-vous ne pas savoir ?

C’est dans une nef de bois que je quittais le Port d’Orphalèse. C’est en avion de fer que je reviens me poser sur le tarmac de son aéroport international. C’est par ses eaux salées que je quittais la vaniteuse citée. C’est par ses airs polluées que j’y retourne à présent.

En quelques siècles, vous vous êtes attifés de nombreux progrès technologiques, d’innombrables nouveautés matérielles qui ne sont pour beaucoup que superfluités vous berçant dans l’illusion du changement dans la vie des hommes. En vérité, je vous le dis, rien n’a changé pour les fils de l’homme livrés en pâture aux angoisses et aux frayeurs qui germent dans le fertile terreau de sa vanité anthropomorphe.

Alors Al Mitra dit :

- Parles-nous de l’Amour.

- L’Amour est échange et partage, aventure et découverte. Il est le lien qui pousse chacun de vous à se porter au devant d’autrui pour jouer à vivre, c’est-à-dire à enseigner et à apprendre.

L’Amour est une sente ombragée et sinueuse, jalonnée de carrefours et dont la nef végétale se laisse transpercer par les lumineux rayons du soleil. Et vous, présomptueux et cupides, vous en défrichez les merveilles pour mieux vous éblouir. Mais vous ne faîtes là que vous aveugler ! Vous avez supprimé les lacets du sentier pour en faire une autoroute à péage, afin d’arriver au plus vite à l’endroit que vous aviez désigné, en programmant chaque étape sur la carte de vos vies. Mais au bout de la vie, il n’y a jamais que la mort ! Lorsque vous y serez, vous vous retournerez pour contempler ce que vous n’avez pas vécu, trop pressés d’accomplir l’idée que vous aviez construit de l’Amour.

L’Amour est un oiseau multicolore, volage et frivole, dont le chant est un mythe pour qui ne l’a jamais entendu. Lorsque l’oiseau se pose sur votre cœur, libre à vous de l’écouter. Parmi ceux qui l’entendent, nombreux mettront l’oiseau en cage pour le garder à jamais. Il cessera alors de chanter malgré les soins qui lui seront prodigués car il est épris de liberté.

Sur l’autoroute de vos vies, dans la vitesse et la frénésie, vous vous croisez, vous vous dépassez, parfois vous vous heurtez, mais qu’en est-il de l’amour ? Car le bel oiseau multicolore a beau s’égosiller dans le vacarme infernal dont vous vous entourez, vous ne pouvez plus percevoir l’ampleur de son harmonie. Tellement convaincus de la marche à suivre dans votre convoitise de l’Amour, vous vous livrez ainsi à l’impatience et à la désillusion.

Quelle est cette méprise qui vous empêche d’aimer ? N’est-ce pas parce que vous vous placez au centre de l’amour que vous portez ?

L’Amour est universel. Chacun d’entre-vous n’en détient qu’une infime parcelle. Chacun d’entre-vous est une infime partie de l’Amour et c’est la somme de vous tous qui est l’Amour, qui fait l’Amour.

Mais votre orgueil vous porte à croire que vous devez construire, chacun votre amour autour de vous comme une immense muraille protectrice et arrogante qui vous constitue prisonnier.

Enfant de l’Ineffable, l’Amour nous dépasse par son immensité. Si vous souhaitez l’atteindre, il vous faudra prendre de l’altitude, vous élever au delà de vous-même et non pas tenter de l’arrimer, de l’enchaîner à vos existences. Car, en ce cas, ce n’est pas dans l’amour que vous baignerez. En ce cas, vous ne ferez que vous vautrer dans vos amour-propres.

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