||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Priez pour nous pauvres pêcheurs à la…Carpe Diem

Je m’étais levé bien avant l’aurore, l’esprit abasourdi par le sommeil et j’avais laissé ma douce à ses songes. J’avais renoncé par la même, aux câlins sensuels du matin, prodigués par ma belle, pour une autre quête, inaccessible sous la couette. Je pris un café, tout engourdi de la tête aux pieds, dans la cuisine, sans faire le moindre bruit susceptible de gâcher la grâce matinée du reste de la famille. Je préparai mes casse-croûte au pâté, puis je mis des cannettes dans ma musette. Après avoir vérifié mes hameçons, ma gaule (qui n’a pas vécu la gaule du matin ?) et mes appâts, je chargeai le tout dans le coffre de la voiture, pour partir enfin vers la rivière.

Il fallut choisir un bon coin dans le froid matinal. Installer le matériel au levé du jour, à l’heure ou s’éveillent et chantent les oiseaux. Quelques violents remous à la surface, près de la jetée, et les sauts aériens désespérés de quelques alevins, m’indiquèrent que les carnassiers étaient en chasse ! Mais là n’était pas mon dessein. Ce matin, j’étais venu pour la carpe !

Je posai un joli piercing à un ver de terre, avant de l’envoyer prendre un bain. Puis j’attaquai mon casse-dalle en surveillant mon bouchon qui flottait sur l’onde couverte de brume, tout comme mes pensées. Guetter le poisson, les ouies bercés par le courant en contemplant l’astre oranger s’élever dans le ciel matinal pour chasser la lune et les étoiles. Ne penser à rien et à tout à la fois.

Voila des instants d’exception où la fée nature a le pouvoir de métamorphoser notre torpeur cervicale en méditation transcendantale !


C’est ce qui m’arriva le matin où j’ai lutté longuement avec une carpe énorme qui était vraisemblablement plus âgée que moi. Après avoir vaincu le vaillant animal, je suis resté assis près du poisson gisant sur la berge. La bête mourante d’asphyxie, perdait ses ultimes forces dans la dilatation de ses branchies et de violentes contractions musculaires, comme pour chercher vainement à atteindre la rivière qui s’écoulait à quelques pas. Cette contemplation m’inspira des pensées qui, peut-être, valent la peine d’être livrées en pâture à votre rumination.

La carpe allait mourir et je me senti terriblement vivant ! Puisque moi, j’avais encore le temps de vivre, mais combien exactement ? L’agonie du poisson me rappelant le sort qui me rattraperait tôt ou tard. Triste sort, pense certains qui préfèrent croire à un quelconque paradis, une quelconque réincarnation… Croire à ce genre de « belles histoires », n’est-ce pas croire au Père Noël qui descendra du ciel ?

Le danger de ces sornettes (sans vouloir offenser personne), c’est qu’elles nous livrent en pâture corps et âmes à la toute puissance des religions et autres sectes dont le business est de nous imposer des règles arbitraires pour nous faire gagner notre billet pour l’immortalité. Puisqu’il y a d’autres vies après la mort, il faut bien les concevoir, puis nous inculquer ce qu’il faut faire afin d’y accéder dans de bonnes conditions ! Sinon, ce sera l’enfer de Lucifer ou bien la réincarnation en lunette de toilette ou en chaussette sale ! A propos du Diable, si je replonge dans mes cours de catéchisme, c’était un ange qui refusa de se soumettre à la volonté Divine et fut condamné à l’Exil dans les mondes infernaux. Tout comme les religions qui refusent de se soumettre à la finitude de nos vies et transforme notre paradis terrestre en enfer de larme et de sang (se renseigner sur tous les crimes et massacres perpétrés au nom de Dieu, de la compassion et de l’amour du prochain). Mais la religion alors, n’est-ce pas le diable qui s’ignore ? Ainsi, on nous apprend à mourir de notre vivant et on laisse filer les bons côtés de la vie d’ici-bas, au nom d’un au-delà totalement illusoire !

De toutes les manières, il y a déjà 100 milliards d’humains qui ont vécu et sont donc morts ! Renoncer à la joie de vivre pour aller habiter dans un endroit aussi peuplé, non merci ! Bonjour la pollution et les embouteillages sur les nuages ! (Je conseille à ceux qui souhaiteraient tout de même vivre la vie éternelle, de mourir jeune. Ils conserveront ainsi une apparence jeune pour l’Eternité).




La réincarnation c’est kif kif ! Etre pris pour une vache à lait, pour être réincarné en vache sacrée...



Ne vaut-il mieux pas admettre la réalité de la mort pour chercher le sens véritable de la vie ? « La mort sourit à tout le monde, alors pourquoi ne pas l’accueillir en souriant » (pensée stoïcienne). Ce qui n’empêche pas de sourire à la vie en attendant et d’y savourer le moindre instant : Carpe Diem…

A propos de carpe donc, je suis fait tout comme elle : de chair et de sang. Je suis composé de matière et de vide. Ce sont les quatre mêmes bases azotées qui s’enlacent dans les cordons de nos ADN, qui sont le fondement de toute vie. Ne sommes nous pas identiques, dans le fond, la carpe et moi, malgré nos différences de forme ? Bien sûr que non, diront ceux qui préfèrent croire à la destinée particulière de l’homme. (Ben oui, si en plus y faut un paradis pour les carpes, les ouistitis et autres vers de terre dévoreurs de cadavres…)

La carpe, n’a peut-être pas la conscience du monde où elle vit, voilà la différence. Bon sang mais c’est bien sur, elle vit comme une idiote inconsciente de son état, quand l’homme est conscient d’exister ! Etre ou exister ? Telle est la question… et si Dieu n’existe pas, il est. (Croyants et athées enfin réconciliés ?).

Nous dirons donc que la carpe vit en toute innocence, quand l’homme a l’intelligence. La carpe se comporte en carpe sans le savoir, sans le vouloir. Quand l’homme ne veut pas réellement savoir ce qu’il est.

Finalement, l’humanité se complait d’être irrésolue, comme un malentendu. Ce qui lui permet de fuir la réalité du monde, au nom d’un monde meilleur…Mais cette innocence naturelle perdue dont la carpe jouit, qu’en avons-nous fait, nous les hommes ? Et cette intelligence dont nous serions les dépositaires, qu’en faisons-nous ? Cette carpe n’est-elle pas plus proche du Dieu qui l’a créé, puisqu’elle se soumet à ses lois sans même s’interroger ? Sûr qu’elle ira donc au paradis des carpes !

Je plongeai mon regard dans l’œil du poisson pour me noyer dans tant de profondeur. Je ne sus plus qui fixait quoi, ni non plus, où se cachait l’intelligence. Je pensais que notre rôle à nous les hommes, était de contempler, d’étudier, d’apprécier et de jouir de l’intelligence universelle qui existe à travers l’harmonie du monde. Et cela à chaque instant qu’il nous est donné de vivre. Puisque le paradis c’est ici-bas.

Et comme je ne pouvais pas mettre fin à la sagesse de cette carpe peut-être centenaire. Je la pris dans mes bras. Après une longue étreinte et une photographie, je la remis à l’eau en la remerciant pour cette conversation.

Même si elle resta muette comme une carpe.

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