||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Pélerinage au Temple

Alors que j’avais à faire dans une grande ville de l’ouest de la France, et que j’avais quelques heures devant moi, je suis allé au Temple. J’ai tout d’abord sillonné les immenses parkings bétonnés et souterrains, à la recherche d’une place pour mon véhicule motorisé. Au nombre impressionnant de voitures stationnées, il ne fit aucun doute qu’un grand nombre de fidèles étaient déjà à la messe. Je n’étais pas pour autant en retard. Dans ce genre de cérémonie religieuse, il n’y a pas d’heure pour célébrer le Divin. On peut y communier à sa guise six jours sur sept, de neuf heures à dix-neuf heures. Parfois même plus tard encore, parfois même certains dimanches et jours fériés. Tout est prévu pour que les fidèles en transe puissent y accomplir leur obole le plus souvent possible.

Une fois garés, ils nous fallut, à mon épouse et moi-même, arpenter les parkings à pied, vers l’entrée de l’immense édifice religieux. En effet, je n’étais pas seul. J’ajoute que mon épouse étant plus pratiquante que moi, c’est surtout pour elle que je me rendais à la procession. Comme pour de nombreuses femmes et de plus en plus d’hommes, les turpitudes de la vie quotidienne la poussaient régulièrement à partir se recueillir avec ferveur, tout un après-midi dans ce genre de lieu cultuel. Personnellement, je ne goutte guère à ces épanchements, mais je dois admettre tout de même qu’il m’est arrivé d’y prendre un peu de plaisir.

Tout d’abord, nous prenons l’immense tapis roulant qui doit nous mener au niveau supérieur. Sur notre gauche, un second tapis ramène les fidèles ayant terminé leurs prières vers les parkings. A mesure que nous sommes portés vers les hauteurs je découvre une magnifique fontaine dont l’onde dégouline à l’intérieur d’un tube cylindrique translucide de plusieurs mètres de haut, pour s’écouler ensuite sur la pente légère qui sépare les deux tapis, faîtes de pierres plates, de cailloux et autres plantes et arbustes. J’en prélève une feuille pour vérification, ils sont biens vivants. La mélodie de l’écoulement caresse mes tympans très agréablement. Cette fontaine fait sans doute office de bénitier, version grandiose et moderne. Elle doit permettre la purification des adeptes à leur entrée puis leur sortie de l’édifice.

J’arrive au niveau principal, la grande hauteur de l’édifice me porte à scruter vers les hauteurs. C’est magnifique ! La nef voûtée est transparente et laisse la lumière divine pénétrer l’immense galerie. Les colonnes géantes, ainsi que les arcs sont métalliques. Ce qui donne à l’architecture un certain envol, vers d’autres cieux. Je dois admettre que ça en jette un max. Arrivé en haut du tapis, je me retourne et découvre ébahis, la profondeur infinie de la cathédrale. Car c’est une cathédrale ! A ma gauche, à ma droite, toutes les absides et absidioles entourent le gigantesque déambulatoire formé par la galerie marchande, chacune dédiée à une divinité. J’en connais certaines. Là, c’est Saint Naf Naf, un peu plus loin j’aperçois Sainte Pimkie ! Et là encore, Saint Benetton ! Un peu plus loin Sainte Zara ! Oh que c’est beau ! Il y a des centaines, que dis-je, des milliers de pèlerins venus de tout l’ouest sans doute, afin de vénérer et s’approprier les bienfaits de la société du paraître et du superficiel, dans une totale allégresse consumériste ! Nous sommes à Atlantys, un temple dédié au vide absolu de la société de consommation, au culte du veau d’or !

Je scrute l’attitude de mon épouse qui commence à s’agiter nerveusement. Devant la profusion de l’offre, elle ne sait plus à quel Saint se vouer. Ce sera NAF NAF pour commencer. Instinctivement elle porte sa main sur son sac, pour vérifier si elle a de quoi faire la Quête. C’est certain, elle a chopé la fièvre acheteuse et va faire griller la carte bleue.

Pendant qu’elle entre en transe, je me retourne vers l’entrée du Saint Patron du lieu. Celui qui permet de combler le vide par de la beauté dans son intérieur, qui nous aide à meubler nos vies. Et tout cela pour une si petite obole. Je parles de Saint IKEA, priez pour nous pauvres consommateurs.

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