||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Mon réveillon avec Brad Pitt

Cette année pour le réveillon, j’étais en java avec moi-même, tout seul. La fête battait son plein quand j’attaquais ma deuxième bouteille de jus de raisin (pas celui pour les enfants). J’écoutais un CD de mon chanteur engagé préféré : Johnny Haliday, qui hurlait « Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ! » Il gueulait très fort et n’avait pas l’air content du tout. Sûr que le mec en face de lui, allait se prendre une grosse mandale dans sa face de rat !

Et c’est à ce moment là, grâce à Johnny, que mes interrogations existentielles me reprirent la tête. Car, en cette période de fêtes où l’amour du prochain est à l’honneur, on peut se demander pourquoi l’homme passe–t’il le principal de son temps à se foutre sur la gueule ?
Pourquoi juge-t-il généralement autrui comme un emmerdeur potentiel ? Pourquoi, lorsqu’il n’attaque pas, il ne cherche qu’à se défendre ? (Coluche, grand philosophe du XXème siècle)
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ???

J’étais seul face à cet abîme d’incertitude. J’allais sombrer dans cet immense gouffre de questionnements. Mais j’étais bien décidé, en me resservant une rasade, à affronter cette épreuve et à trouver la question à ma réponse… ou l’inverse.
C’est alors qu’une voix me dit : « Il y un proverbe zen qui propose ceci : abandonne cette toute petite chose qu’est le « moi » et devient le monde immense… Tu piges Stéphane Harris ? »
Non, je ne pigeais rien de rien à ce charabia asiatique. Je me retournais vers mon interlocuteur. Stupeur ! C’était Brad Pitt en personne (ouaih mon pote ! l’acteur lui-même !) (Et en plus il connaissait mon nom !!!), qui picolait une bouteille de whisky, allongé sur un canapé. Il avait dû rentrer incognito, par le garage.
Pour ne pas paraître impressionné par sa visite, je lui répondit froidement : « Tes paroles semblent empreintes de sagesse Brad. Mais il n’empêche qu’elles s’opposent à toute la longue marche qu’a suivi jusque là, l’humanité ».
Il ne parut point décontenancé par ma réplique, bien au contraire. « Et où en est-elle, l’humanité ? » Me lança t-il, sûr de lui, en allumant sa clope. « Ce sont les mêmes questions qui la tourmentent depuis des millénaires. Alors écoute bien mes paroles. Tu n’imagines pas quelles portes elles peuvent t’ouvrir… pour donner un sens à ta vie, tu dois admettre qu’elle n’a aucun sens. », Acheva t’il en soufflant sa fumée dans mes narines.

« Mais Brad » lui répondis-je. « Si j’abandonne ce « moi », je ne suis plus rien ! » J’étais effondré sur ma chaise. « Je ne puis me résoudre à n’être rien. Car le rien c’est le vide. Et donner un sens au vide me semble vide de sens. Comprends-tu Brad ? » « De plus, il est minuit et deux minutes. Bonne année 2008 et écrase ta cigarette car tu risque une contravention. », Lui conseillé-je, plein d’amour et de compassion.

Alors Brad écrasa son mégot sur mon carrelage et soupira pensif. « C’est pourtant du rien que naît le tout... » Puis il se jeta une longue rasade de whisky dans le gosier avant de reprendre, l’air inspiré « Tout comme l’humanité, l’obsession du « moi » t’empêche de voir le monde »
- « C’est ridicule Brad. Je vis dans le monde et donc je le vois comme il est ». Rétorquais-je en enfonçant mon poing dans son ventre.
- « En es-tu certain Harris ? » Questionna t-il en me faisant valser dans mes bibelots. « Toi qui vit dans ta bulle... Laisse moi t’exposer ma théorie : »

DE LA THEORIE DES BULLES

Il sortit un savon de son attaché case et me dit en le montrant. « Tu vois ce savon, lorsque je le fais mousser, il fait des bulles. C’est ça l’humanité, des milliards de bulles de savon qui veulent se faire mousser.
Au commencement, le nouveau né ne sait pas qu’il existe. Puis il subit le chantage affectif de son entourage qui le place au centre du monde dans le désir de le modeler à son image. Si bien que l’enfant apprend à se construire un monde dont il est l’épicentre. Ses parents gravitent autour de lui, puis le reste de la famille, puis le reste de la société comme autant de satellites enfermés dans sa bulle. Chacun voit donc le monde à travers sa bulle et la réalité devient une apparence."

- « Brad, c’est un peu confus pour moi. » Et je lui mis mon poing dans la gueule.
- « Tu n’es pas au centre du monde réel, n’est-ce pas ? » Et il aplatit son pied sur mon flanc.
- « Non, bien sûr. » Dis-je en m’écroulant.
- « Pourtant tu vis comme si…Tu places ton « moi » au centre de tout et il s’affronte à tout le reste... Tu ne juges plus le monde qu’à travers ta bulle. Ce qui te rend déçu et frustré par la vie et le monde. Tu comprends ? » S’inquiéta t’il en prenant ma tête entre ses mains avant d’y mettre un coup de boule fraternel. Puis il reprit :
« Quand, dans ta bulle, tu côtoies une autre bulle, tu te méfies. Tu n’y retrouves plus ton semblable, mais un individu, c’est à dire une autre vision du monde. Un autre « moi » susceptible de faire éclater ta bulle.

EN RESUME : l’Univers est une bulle ou s’entrechoquent des milliards de petites bulles qui fabulent. Voilà pourquoi l’homme se fout sur la gueule depuis des millénaires. Car il croit que pour avoir raison, il doit éclater les autres bulles !"

Allongé sur le sol, le visage ensanglanté, j’étais tout en émoi. Mon intérieur était un champ de ruines. Brad se pencha sur moi, le regard noir comme pour me passer un savon :
« Le jour où tu abandonneras ton « moi » qui est artificiel puisque tu n’es pas le centre, tu prendras conscience du monde pour ce qu’il est réellement et ton univers changera. » « Et surtout n’oublie jamais la règle n°1 : il est interdit de parler du Fight Club ! »

Puis il sortit de ma vie comme il y était entré : par le garage. Je l’ai poursuivi. « Brad ! reviens Brad ! ». Mais il avait disparu et je restais seul dans l’oppressante obscurité de la nuit où tout parait moins défini. Tout semble immense, presque infini, telle est la magie de la nuit. Si tous les chats y sont gris, ils ont des allures d’allégorie. L’insensible y est à l’honneur…Voilà pourquoi, parfois, la nuit nous fait peur.
La voûte céleste offrait à mon regard sa tapisserie d’étoiles que la lumière ne pouvait plus recouvrir de son voile. Je me suis alors vu comme un conglomérat d’atomes, tout comme les étoiles qui m’observaient. Je suis devenu une poussière d’étoiles…

Mais c’est une autre histoire.

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