||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

M.ARCADE - Ça a commencé comme une petite démangeaison

Ça a commencé comme une petite démangeaison
(Matthieu Arcade)
Contacter l’auteur
 

Ça a commencé comme une petite démangeaison, alors qu’il prenait sa douche. Une piqûre d’insecte peut-être. Il a tenté de regarder d’où ça provenait mais c’était dans son dos, à un endroit inaccessible. Et puis il s’est dit que ce n’était rien. D’ailleurs ça ne le démangeait pas tant que cela. Il n’y pensait déjà plus. Comme tous les matins, il s’est rasé en écoutant machinalement le bulletin d’informations de la radio débité sa dose quotidienne des plus belles barbaries de la veille et s’est coupé comme toujours, sur la voix précipitée énonçant les valeurs boursières. S’apercevant alors que son costume bleu délavé préféré comportait une tâche infalsifiable et que, manifestement, une odeur persistante empêchait toute utilisation prolongée, il décida à contre cœur de se saisir du costume bleu passé qu’il aimait un peu moins que le précédent et qui était normalement prévu pour la semaine suivante. Cette vexation matinale n’annonçait rien de bon et c’est de mauvaise humeur qu’il alla attendre le bus pour aller travailler. Comme d’habitude il dut jouer des coudes pour trouver une place et se battre pour la conserver. Enchevêtré dans les autres, balancé au gré des mouvements ondulants du bus - cette grande vitrine brillante et puante -, il pouvait laisser errer son regard pâle sur le douloureux réveil urbain : les restes des illusions nocturnes, des romantismes d’un soir balayés sans vergogne par l’ardeur négligente des employés municipaux ; une fin sans lendemain qui se mêlait dans les grandes eaux des caniveaux.

Une nausée subite s’empara de lui et il ne put réprimer un fabuleux haut le cœur qui termina sa vertigineuse course sur les chaussures noires – qui ne l’étaient désormais plus – de son plus proche voisin. Meurtri au plus profond de sa chair, autant par la réaction véhémente de ce dernier que par le mauvais tour joué par son organisme, il profita d’un arrêt salvateur du véhicule pour s’extirper de ce mauvais pas. Longeant les murs, traînant derrière lui un vague souvenir nauséabond de sa malheureuse aventure, il rentra rapidement chez lui.

Seul, de nouveau seul, avec ce corps qui pesait comme du plomb. Il s’affaissa dans son sofa et s’endormit. Il fit un rêve étrange. Un chérubin, assis sur le rebord de la cheminée, l’observait de ses yeux d’azur, le gratifiant du plus pur des sourires. Puis, celui-ci se mit à rire ; mais d’un rire aux mille éclats, d’un rire immense et clair, qui jaillissait de sa gorge comme l’eau d’une puissante cascade. Son rêve resta agréable jusqu’au moment où le divin enfant déploya ses courtes ailes, vint virevolter autour de lui comme une mouche et s’engouffra brusquement dans la galerie poilue de son nez.

Il se réveilla, éternua et la moitié de son visage se fissura tout d’abord, puis dégringola. Paniqué, il tenta d’agripper le téléphone pour appeler à l’aide mais son poignet resta accroché au combiné et tomba avec lui. Son corps s’effondra alors comme un château de cartes, sa tête roula sous le meuble, mais ses yeux, restés sur le sol et fixés vers le ciel, semblaient se perdre dans son immensité.

SPIP | | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
myspace | newsletter | liens | rss | contacts
since 2006 - Domino Panda | sf/onth#! | mz-webzine.org | ^top^

Ce site n'est pas adapté à Internet Explorer. This site is not very suitable for Internet Explorer.
Firefox 3