||||||||||||||| STEPHANE HARRIS |||||||||||||||


Lettre 1 - les impressions de Stéphane

Je vis dans un monde étrange, fait de vide et de matière énergétique. Je suis de cette matière énergétique. Je vis dans un univers où de la matière énergétique est devenue vivante. Je suis de cette matière vivante. Je suis d’une forme de matière vivante assez intelligente pour interpréter et déchiffrer le monde où je vis. Je suis de l’espèce intelligente. Et pourtant, je vis dans un monde étrange où mon espèce est devenue étrangère.

Je suis un conglomérat de milliards d’atomes. Je suis une constellation de molécules, une confrérie de cellules. Je suis un assemblage de particules élémentaires, les mêmes particules qui forment toute la matière, qui font les milliards d’étoiles. Je suis un enfant de l’Univers, une poussière d’étoile. L’une d’elles que l’on nomme Soleil, illumine ma planète que l’on nomme Terre. C’est dans ce monde étrange que je vis le jour, que je vis au jour le jour.

C’est là que mon espèce prolifère, dans l’opulence et la misère. Je vis dans cet univers que l’on nomme humanité. Plus de un milliard de semblables y souffrent de la faim. Trente six mille enfants y meurent chaque jour, de faim. Près de trois milliards de voisins y boivent de l’eau souillée... Les autres se saoulent, font la guerre, regardent la télévision, se droguent, se cherchent, se révoltent contre leurs parents, prennent des cachetons, roulent en bagnole, consultent des psys, consomment, se marient, se baignent en maillot de bain, éduquent leurs enfants, fabriquent des vendeuses et des footballeurs, s’endettent, divorcent, vieillissent mal, puis volent pour le paradis, creusent vers l’enfer, se réincarnent en vaches ou en hamster.

La misère humaine se développe et prospère. Tout comme la solitude contrainte. Il semble bien que cette réalité soit programmée et organisée par nos soins, mais vécue comme une fatalité insurmontable, comme un phénomène naturel. Mais la nature y est-elle pour quoi que ce soit ? Que reste-t-il de naturel dans l’organisation de notre humanité. Et quelle bande de salopards sommes-nous donc, pour nous satisfaire de l’intolérable ?

Chaque jour, mon monde chante l’amour, mais c’est l’argent qu’il vénère. Beaucoup en ont trop peu. Peu en ont beaucoup trop. Je constate que plus les hommes en possèdent et plus ils craignent d’en être dépossédés. Tous, riches et pauvres, courent après, sans relâche... Tous, ne mesurent leurs valeurs humaines qu’à l’aune de leurs puissances financières. Le reste est désormais secondaire...

Car dans mon monde étrange, tout coûte cher ! Les grèves, les jeunes, les vieux, les soins, les fonctionnaires, les trente-cinq heures, les grecs, les écoles, les handicapés, les travailleurs, les chômeurs, les catastrophes naturelles, la nourriture saines, la protection de l’environnement, les obsèques, les énergies renouvelables, les congés payés... Finalement, c’est la vie qui nous coûte cher !

Et lorsque l’homme s’enferme dans ses temples pompeux pour chanter et implorer l’amour de Dieu et de son prochain, c’est pour oublier dès la sortie, ses promesses et retourner vite à ses petites affaires pécuniaires.

Pourtant, quand la nuit je contemple la voute céleste et que j’y pressens les myriades d’étoiles que je ne peux voir, je sais que toute cette munificence n’a nul besoin de billet vert pour exister. Je sais que l’homme est l’enfant de cette immensité gratuite et que la cupidité n’est donc pas une fatalité. Puis je trépigne et je pleure.

J’errais nonchalamment dans cet état d’esprit détestable et cheminait vers les obscures contrées de la dépression passive, lorsqu’elle prit contact avec moi pour la première fois. Ça se passe en général les nuits de pleine lune, aux alentours de minuit, lorsque je dors profondément. Elle prend possession de mon corps. Ce n’est pas un ange ou un de ces êtres célestes qui peuplent les espaces intersidéraux des diverses sectes et religions d’ici-bas. Ce n’est pas un démon non plus, ou alors il faut considérer les femmes comme démoniaques, car c’est une femme.

Pourquoi m’a t’elle choisi pour messager ? Je l’ignore humblement. Je ne suis point encore un écrivain illustre. Je n’ai aucune quelconque renommée, pas plus qu’un éventuel talent particulier, si ce n’est peut-être dans le jardinage biologique et la chanson loufoque. Lorsqu’elle prend possession de mon corps, elle m’en expulse. En général, sa prise de contrôle dure cinq à six heures. Parfois moins, mais parfois beaucoup plus. Puis, je me réveille lorsqu’elle me rend mon véhicule de chair et de sang.

Cette première fois, tôt le matin, je fus fort fatigué avec la sensation d’être resté éveillé toute la nuit. Tout d’abord, je crus avoir fait un rêve où j’étais femme. À vrai dire, c’est une sensation étrange certes, mais très agréable. Puis, je me dirigeai vers la cuisine où je découvris un petit mot sur la table. J’en fus effrayé car je n’y reconnus pas mon écriture. L’idée que l’on s’était introduit chez moi au cours de mon sommeil me transit d’effroi. Je manquai de céder à la panique, mais sur le mot était écrit « Ne crains rien, allume ton ordinateur ». Je le fis sans tarder, soucieux de combattre la peur qui continuait d’accaparer mon esprit, malgré les mots rassurants de l’inconnu, pour découvrir en bas du dix-neuf pouce, un fichier texte nommé « ouvre moi ». Je vous le restitue à présent :