||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

LES BREASTFEEDERS

Les Breastfeeders originaires du Québec sont actuellement en tournée européenne avec leur rock-garage endiablé. Juste avant leur concert à la Flèche d’Or commence alors la valse des interviews. Entre une longue discussion sur le hip-hop français et une imitation mémorable de Diam’s et son nouveau clip, rencontre avec un véritable show man, Luc Brien (chant-guitare) et Suzie McLelove (chant-guitare) avec au menu une décontraction typiquement québécoise et le professionnalisme purement nord-américain.

Mz : Quels ont été vos premiers contacts avec la musique ?

L : Moi c’est mon premier groupe. J’ai appris à jouer de la guitare quand je voyageais dans le métro quand j’étais un jeune voyageur.

S : Moi j’avais un autre groupe qui a commencé en même temps que Les Breastfeeders. Je jouais avec un chanteur québécois. On a fait pas mal de spectacles pendant 4 ans mais les deux se coordonnaient plutôt bien. Maintenant je fais un peu de studio et des spectacles avec d’autres groupes mais c’est rare.

Mz : Aujourd’hui jouez-vous dans un autre groupe que Les Breastfeeders ?

L : Le bassiste joue dans un autre groupe qui s’appelle "Comme un Homme Libre", qui est un groupe féminin, et le guitariste a un projet solo qui s’appelle "Achigan". La moitié du groupe joue uniquement avec Les Breastfeeders et l’autre moitié fait autre chose.

Mz : Comment vous-êtes-vous rencontrés ?

L : J’ai connu Johnny Maldoror le tambouriniste à l’école car on côtoyait la même fille. Un jour il m’a dit qu’il y avait un appart de libre en bas de chez lui et petit à petit toutes nos connaissances se sont mises à habiter dans le même immeuble. Mais il n’y avait pas de musiciens, moi je jouais un peu de guitare et je chantais un peu mais pas sérieusement, juste pour le plaisir. Un jour Joe le bassiste est venu habiter là aussi. Un jour il m’a entendu, il a décidé de m’enregistrer et on a fait une chanson à deux qui s’appelait "le scandale" et on a appelé ça Les Breastfeeders. On a envoyé le titre dans une petite radio alternative à Montréal et ça a joué en deuxième position. On a décidé de faire des shows tous les trois avec Johnny. Joe a engagé un de ses meilleurs amis à la batterie, l’ancien batteur parti depuis. Il est allé chercher Sunny le guitariste et il a rencontré Suzie qui jouait dans les bars. Une semaine plus tard on faisait notre premier concert avec une bonne critique dans le journal. Je me souviens un des premiers commentaires qu’on m’a dit après le premier spectacle de ma vie, une amie m’a dit "C’est cool je suis certaine que ça va fonctionner". Alors que moi j’avais pas pensé que ça pourrait marcher, mon grand défi c’était de réussir à faire ce spectacle là car je m’en sentais pas capable !

Mz : Vous êtes un groupe francophone qui chantez uniquement en français. Vous venez d’achever une longue tournée aux Etas-Unis. C’est rare...

L : Je pense qu’ils ont la même mentalité que moi. (rires)
Par exemple quand je vois un groupe japonais, s’ils chantent en anglais je l’achète pas alors que s’ils chantent en japonais je saute sur l’occasion même si je comprends pas je m’en fous. Pour les américains un groupe qui chante en français c’est mieux, pour eux c’est exotique. Chez nous un québécois francophone qui chante en anglais c’est mal vu, tu es boudé par les médias.

S : Ca fonctionne pas ! En anglais les mots sonnent mieux c’est sûr. Mais pour nous faire du rock n’ roll en français c’est plus intéressant. Il y a eu une longue période au Québec ou il n’y avait plus de groupes de rock’n roll. Depuis quinze ans ça revient.

L : Moi je me rappelle du concert de Emilie Simon aux Francofolies de Montréal. Le public était déçu parce que c’était super bien sauf la deuxième partie qui était en anglais et on en a rien à foutre (rires). Un francophone qui chante en anglais a un accent énorme. Mais je comprends pourquoi certains préfèrent chanter en anglais car leur imaginaire est musicalement en anglais j’imagine.

Mz : Quelle différence entre le public américain et le public européen ?

L : Je trouve que les américains sont moins gênés euh... moins timides comme vous dites en français. Par exemple dans une de nos chansons qui s’appelle "danser le yah" je crie "yah yah yah....", les américains même s’ils nous ont jamais vu ils vont chanter avec nous, il suffit que je lève les bras en criant "yah" et ils vont répondre. Pour l’instant sur cinq dates européennes c’est arrivé une fois. Les européens sont moins démonstratifs.

S : Aux Etats-Unis il y a beaucoup de rock music. Les gens sont habitués à ça.

L : Ouais au Québec comme en Europe il y a eu un gros trou. Quand on a commencé en 2000, il y avait même des gens qui nous demandaient quel était notre style de musique. On leur répondait "bah c’est du rock’n roll" (rires). Au Québec l’héritage rock’n roll s’est perdu alors qu’aux Etats-Unis le rock a toujours été là. Par exemple quand il y avait les hippies il y avait quand même une scène avec les MC5 et les Stooges, il y a toujours eu une scène garage qui allait devenir punk aussi. Les américains sont plus démonstratifs mais les européens sont plus chaleureux. Mais c’est pas négatif ce que je dis... attention. (rires)

S : On aime les deux ! (rires)


Mz : Il y a quelques mois vous avez participé au disque "Salut Joe". Joe Dassin est une référence pour vous ?

S : C’est le producteur du disque qui nous a approché car il nous connait bien. On connaissait bien Joe Dassin qu’on aime bien aussi. Ca nous a permis de découvrir une chanson qu’on ne connaissait même pas et qu’on n’aurait peut-être jamais connu.

L : Les albums hommage c’est souvent avec des groupes très connus, toujours les mêmes d’ailleurs, genre les grosses têtes d’affiche de la variété qui reprennent toujours les mêmes titres qu’on entend tout le temps. Donc quand les gens qui s’occupaient du disque nous ont demandé de faire ça on a voulu une chanson pas connue histoire d’essayer de faire des arrangements. Notre position était de faire découvrir aux femmes québécoises une chanson de Joe Dassin qu’elles ne connaissaient pas du tout. Les critiques ont écrit dans le journal qu’on était le groupe le moins connu avec la chanson la moins connue, c’était intéressant pour nous. Après tout c’est la musique de nos parents... (rires)

Mz : Comment se passe la vie en tournée ?

S : On a pas beaucoup de temps. Tu vois ce matin je me suis coupé les ongles dans le van tellement on n’a pas de temps (rires). On a rarement la liberté d’aller marcher, découvrir le quartier.

L : On est constamment sept personnes ensemble qui doivent avoir les mêmes besoins en même temps. Ce qui est sûr c’est qu’on n’a pas de temps.

Mz : La scène québécoise est très soudée mais il y a très peu de featurings...

S : Ca arrive quand même. Même si chaque groupe a son identité, sa propre façon de jouer.

L : Il y en a qui le font mais c’est pas une mode, moi j’y ai jamais pensé. C’est sûr que tout le monde se connait. Tout le monde joue ensemble. Il y a très peu de groupes avec qui on a pas joué. Il n’y a pas de combat entre les groupes. On a appris fatalement à jouer ensemble. On se mélange bien.

Mz : Pour en revenir à ce que tu disais tout à l’heure, avec les nouvelles technologies il est plus facile maintenant de faire un album. Internet joue un rôle important pour la diffusion notamment le site "Myspace". Vous-a-t-il aidé ?

S : Oui car cela nous a permis de diffuser les dates de concert. C’est vraiment une bonne affaire, les gens dans le monde entier nous demandent comment trouver l’album.

Mz : Myspace est-il un outil indispensable ou juste un plus pour vous ?

L : C’est juste un plus car on a eu notre "myspace" sur le tard, depuis un an à peu près.

S : Je trouve la démarche intéressante car les gens te laissent des commentaires sur ce que tu fais. Il y a un retour, une énergie. Myspace est pas nécessaire mais c’est bien pratique.

L : Beaucoup de groupes ont été signés grâce à "Myspace", ils ont pu trouver un label. Pour nous c’est plus un lien pour avoir le contact direct avec le public.

Mz : En France, les musiciens qui vivent de leur art sont intermittents du spectacle, un régime social bien spécifique. Au Québec existe-t-il un statut pour les artistes ?

S : On conserve nos factures de dépenses pour ce travail là : ressautant, hôtel, vêtements et c’est déductible de nos impôts comme un travailleur indépendant.

L : Vous par exemple vous avez le RMI. Un artiste québécois peut s’inscrire sur une espèce d’assurance chômage comme un travailleur autonome, ça veut dire que tu n’es pas rémunéré à l’heure ou la semaine ou au mois. Un artiste qui a pas assez d’argent dans le mois peut avoir une petite compensation mais il n’ y a rien qui ressemble à ici.

S : Un artiste qui ne fait pas de spectacles ne touche pas d’argent.

L : Par exemple ici on était surpris de découvrir les droits d’auteur pour les spectacles. Au Québec pour les groupes comme nous il n’y a pas de droits d’auteur.

S : Chez nous il y a des droits d’auteur mais que pour les gros spectacles. Les droits d’auteur ici c’est dix fois comme au Québec. C’est quand même mieux ici, les artistes sont mieux protégés, encadrés. En général un artiste au Québec qui vit bien fait des shows télé ou alors joue avec des gros groupes.

L : Donc tu as intérêt à avoir un petit travail à côté.

Mz : La mode dans le monde du rock en ce moment est de faire des B.O de films. Quelle est votre position à ce sujet : le rock doit-il rester indépendant, en marge du box office ?

L : C’est une grosse question....!

S : A un moment donné c’est bien de toucher des gros cachets, il y a des choses qui arrivent comme ça, ça fait du bien. Mais il faut savoir rester intègre.

L : Moi du moment qu’on se mouille pas... Enfin ça me plairait de faire de la musique pour un ami réalisateur ou alors un réalisateur qui me plait, ça me dérange pas.
On a fait un truc une fois dans ce genre, mais c’était pas une de nos chansons et on nous voyait pas. Ca nous a permis de payer les billets d’avion pour venir ici. Ca a été pour nous une grosse rentrée d’argent mais dans nos poches on n’a pas eu beaucoup.

S : Ca fait du bien d’avoir des choses comme ça, ça nous permet de voyager pour aller jouer comme aux Etats-Unis par exemple.

L : Mais le problème des Etats-Unis c’est que c’est pas payant, les cachets sont pas énormes,

S : Oui là-bas les salles ou on joue sont petites et il y 4 ou 5 groupes, nous on est pas encore assez connus. Alors c’est difficile.

Lien Web : www.lesbreastfeeders.ca

Un grand merci à Luc et Suzie pour leur grande disponibilité, Erwan et
Anne-Sophie du label Boxson.

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