||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

LA PHAZE

Miracle est le troisième album pour La Phaze qui, à force de concerts extaordinaires à travers le monde a bien mérité son statut de grand groupe. Grand par la force de ses compositions et grand par son ouverture d’esprit. Incroyablement accueillants et toujours prêts à de longues discussions, c’est à quelques heures de leurs balances à la Boule Noire que nous rencontrons Damny (chant, claviers), Arnaud (guitare) et Guillaume aka Rouzman (batterie).

Mz : Nouvel album, nouvelle formation. Comment s’est passé la rencontre avec Rouzman ?

D : La rencontre avec Guillaume a été très importante. On venait de finir Fin de Cycle et on pensait déjà au prochain qu’on ne voulait pas faire pareil. On voulait vraiment intégrer un batteur mais il fallait que la rencontre se fasse, on ne voulait pas le faire dans la précipitation. On a rencontré Guillaume par connaissances communes, on a donc commencé à travailler ensemble sur le live et petit à petit sur les nouveaux morceaux qu’on avait commencé à composer avec Arnaud.

A : On a beaucoup tourné après Fin de Cycle, on était tout le temps sur la route pendant deux ans et demi. On était à ce moment là en trio avec un dj. Il y a deux ans Guillaume est arrivé et on a donc tourné en quatuor. A la tournée européenne qu’on a fait à l’automne on s’est rendu compte que ça marchait plus avec Nevrax au niveau artistique, ça collait plus avec le format rock chanson, il n’y avait plus d’espace pour les scratchs et des parties electro. On est donc repartis sur une formule plus power rock on va dire.

Mz : Avec l’arrivée de la batterie, peut-on parler d’un tournant dans La Phaze ?

D : Ah ouais complètement ! Avant que Guillaume arrive, j’avais commencé à préparer des petites choses et rapidement je me suis rendu compte qu’il fallait repenser l’histoire. C’est plus la même façon de faire. La machine se met au service de la batterie et non l’inverse. Concrètement le fonctionnement de séquences de La Phaze c’est une accumulation de breaks qui fonctionnent entre elles et qui font une grosse machinerie rythmique. A partir de ce moment là j’ai du tout viré, j’ai tout repris à zéro, il fallait que je sélectionne des breaks qui correspondaient à la façon de jouer de Guillaume. On a commencé à enregistrer des pré-prod dans notre local avec un fil conducteur de sa trame batterie et ensuite à la maison j’ai retravaillé les breaks en fonction de son jeu. Ensuite tout a été retravaillé en studio. Ca a été très long...

A : L’arrivée de la batterie a amené aussi autre chose car c’est la première fois qu’on enregistre un album de manière live en studio, la première fois qu’on enregistre en tant que groupe avec batterie-guitare-clavier. Alors qu’avant quand on était que deux on passait beaucoup de temps devant l’ordinateur, on enregistrait dans la chambre ou au local donc la batterie a changé la façon de faire et ça se ressent sur l’album qui a un côté plus chaud et plus humain que les précédents. Tu sens que c’est un groupe qui joue.

D : Et c’est aussi la première fois qu’on a un vrai budget pour enregistrer en live dans un studio alors qu’avant tout se faisait dans la cave. Donc ça change beaucoup de choses mais on s’était bien préparés, on n’a pas pris ça à la légère. Comme les budgets sont restreints maintenant on était de toute façon obligés d’avoir bien préparé les chansons.

Mz : Vous avez toujours beaucoup tourné en france et à l’étranger. Pour un groupe qui chante essentiellement en français, comment avez-vous été reçus par les différents publics à l’étranger ?

D : C’est vrai que la plupart des textes sont en français mais je pense que la musique n’est pas étiquetable musique francophone, je dis ça entre guillemets, sans a priori. Il y a aussi une energie qui est assez fédératrice, qui peut ramener beaucoup de gens. Au bout d’un moment les gens oublient notre nationalité. C’est vrai que dans la plupart des pays européens ou on a joué, comme en Angleterre par exemple, les gens pensaient que nous étions canadiens. Sur les textes les gens ne comprennent peut être pas le propos mais ils captent l’idée, le message, l’énergie.

G : Il est necessaire de faire une petite introduction avant chaque morceau histoire qu’ils sachent de quoi on parle, même sans tout comprendre ils saisissent la couleur quand même et l’energie surtout. Le son reste tout de même plus fédérateur que le fond du texte.

D : Comme il y a pas mal de flow, globalement surtout dans les pays anglo-saxons ça leur parle, car le hip-hop français a toujours mieux su s’exporter que la chanson française. Donc le fait qu’il y ait beaucoup de débit sur la plupart des titres ça donne un côté assez universel dans l’inconscient collectif. Mais on a aussi des morceaux en anglais.

Mz : Sur l’album Fin de Cycle on vous trouvait en featuring avec Mouss et Hakim et le batteur de Asian Dub Foundation. Cette fois-ci on retrouve Eugène chanteur des Gogol Bordello et la rappeuse engagée Keny Arkana. Est-ce pour vous primordial de faire des featurings ou est-ce simplement le fruit d’une rencontre hasardeuse ?

D : Pour la fièvre de l’exil, par exemple je savais que je voulais faire ce morceau avec Eugène car on se connait depuis un moment. Pour Kenny ça a été un concours de circonstance qui a été influencé aussi par la maison de disques, ils nous ont permis de rentrer facilement en rapport les uns les autres. Humainement ça la fait, heureusement sinon on n’aurait rien fait. On ne force jamais les choses.

A : On ne cherche jamais le featuring pour faire du featuring. On aurait pu en faire d’autres qu’on nous a soumis mais pour nous c’est la rencontre humaine qui fait que le featuring existe.

Mz : Ou en est le mouvement Colère Noire, initié aux côtés de Jo Le Guen en 2005 ? (Ndlr : Ce mouvement citoyen allie concerts et débats en réaction au désastre de L’Erika sur les côtes bretonnes)

A : C’est un peu en stand-by car là on s’est concentrés sur le disque mais on prévoit une troisième édition à l’automne, dans le nord de la france

G : On essaie d’en faire un par an, 2006, 2007 et 2008, on est encore dans le temps on est qu’au mois de mai. Déjà en faire un par an c’est très lourd à gérer car il faut réunir tout le monde, ça prend du temps.

D : C’est pas évident quand tu travailles avec plusieurs associations, il y a vite des guerres internes qui sont parfois difficiles à gérer. Là on va s’y coller, on a donné nos dispos. Il y a aussi trois autres groupes qui sont ultra-volontaires.

Mz : Damny, tu as collaboré à la production et au mixage de l’album "Rue du Maroc" de Undergang. Etait-ce pour toi quelque chose de ponctuel ou est-ce une habitude désormais pour toi d’épauler d’autres artistes ?

D : Ce fut ponctuel dans le sens ou La Phaze prend beaucoup de temps. J’aimerais bien en faire en plus mais c’est le temps qui manque. Cédric est quelqu’un qu’on aime beaucoup, c’est moi qui lui ait proposé, ce n’est même pas lui qui est venu me chercher.
Ca s’est fait dans un moment de réflexion sur La Phaze, à ce moment là on composait et moi je galérais sur les textes, j’avais besoin de faire autre chose.

Dans le même temps j’ai même fait un disque pour enfants. En tout cas j’étais super heureux de filer un coup de main à Cédric, c’est quelqu’un qui a beaucoup de talent et qui fait vraiment avancer l’histoire.

MZ : Quant à vous deux alors avez-vous des activités extra-musicales en parallèle de La Phaze ?

A : On a des enfants ! (rires)

G : On s’occupe ouais ! Je joue toujours avec Nevrax, un projet DJ-batterie, comme on n’a pas beaucoup de temps, quand il y a un petit break on en profite pour essayer de se caler des plans. Et puis passer du temps en famille c’est cool aussi. Quand tu te tapes trois mois de route les pauses ne durent jamais très longtemps.

D : Surtout en ce moment. Si on a 24 heures de pause c’est déjà bien (rires)

A : Moi je renquille avec mon vieux groupe Hint pour une semaine, le groupe que j’avais avant La Phaze. On fait une résidence en septembre avec Ezekiel. On fera trois concerts.

Mz : Parlons maintenant de votre exploit : 30 concerts en 40 jours à travers 16 pays européens...

A : Ouais et à 4 dans le van ! (rires !) C’est un rêve pour tout musicien qui aime tourner. En plus on jouait avec Gogol Bordello un groupe assez important qui joue dans les grosses salles. Pour nous c’était génial car le public ne nous connaissait pas comme en Finlande par exemple. C’était un public totalement vierge, donc on avait les crocs, cette envie de tout donner. Partir à 4 durant un mois et demi ça aurait pu être chaud car on aurait pu se mettre sur la gueule, au contraire on est ressortis grandis de cette tournée. Tout s’est super bien passé, c’était royal. On a vu du pays, on a fait des rencontres extraordinaires et tourner avec Gogol Bordello qui est un groupe extaordinaire et assez atypique c’était canon !

T : C’était mortel !. Les jours avant de partir devenaient flippants car tout le monde arrêtait pas de me dire que ça allait être chaud de partir à 4 et de se taper autant de bornes. Moi ça me prenait la tête qu’on m’en parle, j’avais qu’une envie c’était d’y aller et au final on a rien vu passer !

D : Globalement ça nous a permis de nous rendre compte de plein de trucs sur le plan politique comme à Copenhague ou en Suède ou on a vu des trucs un peu étranges. Ce sont des choses qui n’arrivent pas encore en France mais qui seraient suceptibles d’arriver. C’est un état d’esprit européen sur lequel on a pu faire une sorte d’état des lieux, on a pu se rendre compte de situations qu’on n’aurait pas vu si ce n’est à travers le net ou autre. Sans faire de parano, quand on est revenus en France il y a un tout sécuritaire qui s’est mis en place en quelques mois qu’on n’avait pas vu de cet oeil là. Le fait de faire cette tournée tu reviens et tu te dis que là-bas au Danemark et en Suède c’est assez dur au niveau des libertés. Il y a du flicage à chaque coin de rue c’est très contrôlé.

T : De toute façon c’est enrichissant même si tu fais ça hors cadre tournée/groupe, bouger ça t’ouvre les yeux et les oreilles. Si tu voyages pour jouer de la musique c’est super bien car ça te suit sur toute l’année et ça te nourrit peut-être pour tes prochains morceaux.

D : A plus d’un titre ça nous a donné un passeport pour ces pays là. On ne va pas se plaindre, le disque est distribué dans pas mal de ces pays, on sait qu’on va y retourner. On a gagné 3-4 ans de galère grâce à Gogol Bordello car on est rentrés par une bonne porte d’exposition, on a joué devant du monde.

Mz : Ca rejoint un peu votre aventure au Brésil en 2005 aux côtés de Manu Chao...

D : Un peu effectivement ! Il est prévu d’ailleurs qu’on fasse une tournée en Amérique Latine en 2009, un truc assez conséquent. Dernièrement on a recroisé Manu qui nous a dit qu’il y avait de la demande, on a laissé là-bas un bon souvenir...

A : On a joué devant du monde, à Porto Alegre c’était devant 50 000 personnes, après c’était des moyennes de 5 000 personnes.

D : C’était enorme, c’est pas comme si tu allais jouer dans les squatts même si c’est hyper valorisant. Par exemple on a joué au Mexique, la meilleure date c’était pas le concert devant 10 000 personnes mais dans le bar ou c’était complètement dingue !

Mz : La Phaze existe depuis 1999. Après autant d’années et de concerts quelles sont vos motivations ?

A : A la base il y a une grosse passion de jouer devant des gens. On considère la musique comme un échange, on aime jouer pour les autres, c’est pour ça qu’on tourne autant et quand tu as du retour c’est hyper gratifiant. On est tous des fondus de musique et de rencontres humaines, c’est pour ça qu’on finit souvent dans la salle à discuter avec les gens, on est très disponibles pour le public, on finit souvent au bar à côté pour discuter. Un concert c’est un tout c’est pas simplement une heure sur scène. Tu vois par exemple là on est contents de te rencontrer (rires !)

D : C’est encore pire maintenant. Il y a tellement de gens qui se font chier devant leur écran de télé à longueur de journée, un concert est devenu un micro-évènement. Les gens viennent faire des rencontres, discuter, échanger. Nous on se tape pas dix heures de route pour jouer une heure sur scène et rentrer à l’hotel ! Il faut que les gens viennent échanger, s’éclater...

G : La musique ne peut pas être vivante si toi tu vis pas à côté. Si tu joues sans regarder ce qui se passe à côté c’est un peu triste et ça se ressent. On aime bien traîner avant et après le concert, les rencontres, les voyages c’est ça qui nous inspire.

Mz : En 2008, sans mauvais jeu de mot, est-ce un miracle de sortir un disque ?

D : Ouais je pense ! En fait c’est un miracle d’exister tout simplement. C’est peut-être le dernier disque physique qu’on fait je sais pas. Peut-être que demain on nous rendra notre contrat parce-qu’on n’est pas assez rentables, il y a de fortes chances mais ce qui compte c’est qu’on ait encore l’energie pour monter sur scène et de rencontrer des gens, pour moi c’est ça le miracle.

A : Si tu veux une joke, je pense que le miracle ce serait qu’on arrive à vendre des albums de Miracle (rires !)

D : Dans ce disque j’aimerais qu’ il y ait deux ou trois idées qui fassent évoluer les consciences. C’est en tout cas ce côté un peu scolastique qu’on a par rapport aux jeunes générations, ceux qui ont des choses à construire, pas ceux qui ont baissé les bras.

Liens web : www.laphaze.com
www.ephelide.net

Label : Because Music

Photos : © La Phaze

Un grand merci à Julien et Anne-Cécile de l’agence Ephélide et au groupe La Phaze pour leur patience et leur extrême gentillesse...

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