||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Henri Texier Strada Quartet

au Sunset/Sunside

Henri Texier est un contrebassiste incontournable de la scène jazz française. Il a fédéré autour de lui depuis ses débuts en 1965 les plus grands musiciens. Ses chef d’œuvres restent les 3 albums au sein du trio Romano (batterie) Sclavis (clarinnette) Texier (contrebasse), ayant pour thème l’Afrique : « Suites africaines », « Remparts d’argile » et « Carnets de route » . Par intermittences, de 1995 à 1999, les 3 compères traversent 6 pays d’Afrique centrale et gravent leurs impressions et le fruit de leurs rencontres chez Label Bleu et sous le regard du photographe Guy le Querrec.


Mais un certain 22 avril 2007, au Sunset Sunside, c’est un autre groupe d’Henri Texier qui a droit à la fameuse « carte de séjour » du club de la rue des Lombards. Son Strada Quartet est composé de Sébastien Texier (clarinette, clarinette alto, saxophone alto) , Manu Codjia (guitare) et Christophe Marguet (batterie). Comme d’habitude la soirée est prévue pour 3 sets de 45 minutes chacun. Henri et les siens sont installés dans le fond de la salle, une petite cave au rez de chaussée. Ils attendent sagement le moment où ils vont déchaîner leur jazz bien rôdé. Voilà 6 jours qu’ils jouent ici et pour le dernier concert l’atmosphère est plutôt décontractée. On sent qu’il ne s’agit pas pour eux de prouver quoi que ce soit, mais bien de se faire plaisir. Un dernier verre vidé, une claque amicale dans le dos, une dernière blague lancée à demi mot et les voilà qui se dirigent vers la petite scène sur laquelle trônent divers instruments encore inanimés. Le concert est placé sous le signe de l’engagement : plusieurs morceaux sont intitulés « Révolt » qu’Henri Texier prend soin d’expliquer de façon presque sibylline, presqu’en sourdine, comme pour ne pas trop gâcher la soirée. Mais on comprend : le vieil homme n’a pas encore lâché l’affaire. Il tient à nous signifier que sa musique n’est pas que du jazz, il s’agit aussi d’une parole, d’une communication, d’un parti pris et qui sait peut être même de politique…. Chacun prend son tour sur scène. Le fiston prend son temps et développe les thèmes pour les autres. Du sax à la clarinette il égrène les minutes et c’est déjà la pause. On n’a pas encore entendu l’impressionnante armada du batteur et pour l’instant Codjia s’est fait discret. Seul le patron, posté derrière sa contrebasse tient tête. De retour sur scène, c’est une autre paires de manches : Codjia entame le set avec fougue et il est difficile de suivre tout ce qu’il fait sur sa guitare. Il multiplie les effets (chose que j’avais déjà pu constater lors d’un concert avec Truffaz : j’avais alors compté ce soir là…. 10 pédales !) : ses solos sont tous plus impressionnants les uns que les autres, il construit les thèmes avec complexité et précision. Texier jette un regard vers son batteur, l’air de dire qu’ils vont devoir se tenir sur leur garde pour être à la hauteur. Et c’est ce qu’ils font tous. Codjia laisse un peu d’espace et Marguet s’y engouffre. Imperturbable il semble marmonner quelque chose : en réalité son jeu est tellement prenant que sa bouche se tord, fait des grimaces. Texier ponctue la rythmique à sa manière : souple et loquace, poétique et technique. Le denier set est terminé et on reste le cul sur nos petits tabourets en moleskine rouge. Un verre ou deux, l’occasion de taper sur l’épaule de Texier, toujours chapauté de son bonnet multicolore, et de lui dire tout le bien que je pense de ce qu’ils nous ont livrés il y a encore quelques secondes et nous revoilà prêts pour le dernier moment de grâce. Plus intimistes mais pas moins techniques, on a l’impression pas désagréable qu’ils ont décidé de ne pas faire dans la dentelle. Bref rappel sur la très proche élection présidentielle et l’urgence d’aller voter « …. et pas n’importe quoi … » et déjà on est reparti vers le paranormal. Texier puise dans son répertoire africain, livre quelques hommages en l’honneur d’ancien batteur aujourd’hui disparus et le ton est donné. Codjia joue en plus vite et encore plus de notes, Texier junior se livre à davantage d’emphase, la batteur distribue et relance chaque thème, le patron quant à lui se plie, se courbe, s’arqueboute sur sa basse. Les envolées sont plus lyriques, les couleurs encore plus chaudes et les mélodies atmosphériques. Enfin la dernière note pointe et s’éternise sous les applaudissements. Croisement de regards, acquiescement, demi tour : le strada quartet de Henri Texier repart pour un morceau. Le dernier, pour la route. Le morceau est intense mais bref, quelques minutes d’une berceuse aux résonances exotiques, point d’orgue d’un voyage qui aura duré presque 3 heures.

http://www.maitemusic.com
http://www.label-bleu.com

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