||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

FRANCOIS HADJI-LAZARO/ BOUCHERIE PRODUCTIONS - Hissez le drapeau noir !

Francois Hadji-Lazaro est un véritable travailleur qui se dérobe sans problème aux 35 heures : tour à tour musicien multi-instrumentiste, auteur- compositeur, acteur, producteur, il fut le fondateur du mythique label indépendant Boucherie Productions. Pourtant après 15 années de dur labeur, de travail acharné, et quelques dés pipés plus tard, la façade de l’artisanat le plus populaire dû fermer ses portes, emporté par le raz-de-marée des majors. Une sorte de mini-tragédie au royaume de David et Goliath. Pour la petite histoire, Universal voulu même racheter la célèbre boucherie. Par chance, François Hadji-Lazaro est un homme intègre. Cependant il était donc bien légitime d’emprunter aux défunts Sheriff (rock alternatif de Montpellier) un titre d’une de leur chanson : "hissez le drapeau noir" pour dénoncer ce méfait cinglant, ce désespérant folklore. Quoique dans leur même répertoire on aurait très bien pu utiliser "A coup de batte de base-ball". Le choix est cornélien...

Issu d’une famille modeste, celui qui commença sa vie professionnelle en tant qu’instituteur, découvrit la musique par la guitare grâce à Bob Dylan dans les années 70 avant de se laisser happer par l’apprentissage d’une multitude d’instruments, il en maîtrise aujourd’hui une vingtaine (accordéon diatonique, vielle à roue, dulcimer, cornemuse, banjo, violon, ukulélé etc..). Après avoir joué dans le métro il fonde le groupe folk Pénélope dans lequel il apprend également aux autres membres à jouer de la musique (de son passé d’instituteur, François gardera le goût de l’enseignement puisqu’il a déjà sorti un manuel d’apprentissage de la musique pour les enfants). Passant à l’électricité et s’enrichissant d’un batteur, le groupe devient Pigalle en 1982 (nom venant de la situation géographique du local de répétition) mélange de rock et de chanson française, dressant des portraits souvent dérisoires ("Marie la rouquine", "l’éboueur"). Mais au fil des galères et des changements de musiciens, le groupe devient duo et comble son manque par des boites à rythme et des séquenceurs qui font déjà florès en Allemagne. Pigalle est en quelque sorte le précurseur de la chanson néo-réaliste, sombre et nostalgique du Paris des années 30 et 50. Des textes poétiques et maussades et une musique riche en expérimentations d’instruments incongrus amèneront le groupe à travers toute la France, le Japon et les Etats-Unis. Après un ultime concert le 16 mars 1998 à l’ Olympia, Pigalle s’éteint.


Dans les années 80, on voit souvent François faire le service d’ordre dans les concerts, rien d’étonnant avec sa carrure imposante. D’ailleurs de son look crâne rasé certains skins-heads viendront aux concerts croyant que François est l’un des leurs. Absurde et grotesque idée, mais François ne leur en tiendra pas rigueur les considérant comme des paumés. Il fait également quelques brèves apparitions au cinéma avant de se voir proposer de vrais rôles, une vingtaine jusqu’à aujourd’hui. On pu le voir ainsi aux cotés de Miou-Miou et Michel Boujenah dans La Totale de Claude Zidi ou encore dans La Cité Des Enfants Perdus de Jean-Pierre Jeunet. Mais le véritable succès viendra avec les Garçons Bouchers créé en 1985, et leur punk incisif ("La bière", "les vieux à la poubelle"). Les Bouchers iront jusqu’à créer leur propre label afin de sortir leur premier 45 tours "La bière", une ode à la boisson à base de houblon mais aussi au cercueil. D’une blague le morceau deviendra culte pour tous les keupons de l’époque. C’est dans ce mélange de textes humoristiques et forts ("Momo, Farid et le grand") que les garçons Bouchers enflammeront les scènes hexagonales et étrangères jusqu’en 1995. Boucherie Productions voit le jour la même année que la création du groupe, en pleine révolte punk, époque ou le rock est encore libre.

Mais le label prend de l’ampleur et se diversifie. On y retrouve la Mano Negra, Paris Combo, les Elles et même Los Carayos, groupe de folk rock dans lequel François opère aux cotés de Manu Chao à la guitare, Schultz le chanteur des Parabellum et Alain Wampas à la contrebasse bassiste des Wampas.

Pourtant dès le départ le combat est rude car la démarche est également politisée, il s’agit de narguer en quelque sorte les majors et leur omniprésence dans le circuit. François veut sortir du fond du puits les "rejetés" des majors, les ignorés restés dans l’ombre. Aucune signature ne sera donc réalisée dans un but commercial, respectant ainsi une éthique purement créative. C’est pourquoi, les deux associés Luc Natali (gérant du label) et Lazaro, auront un mal fou à trouver un distributeur qui leur convient. New Rose, Musidisc, Island, Polygram, Fnac Music, Wmd ne persuaderont pas les deux compères qui finiront par trouver chez Pias (Play It Again Sam) de véritables affinités tant sur le plan humain qu’artistique. Après tout entre indépendants, les affinités dominent.

Très vite afin de bien discerner chaque style musical, la Boucherie va se diviser en quatre sous-labels : Abatrash, comme son nom l’indique se spécialise dans le trash et la techno (Hoax, Basta etc...), Acousteak qui gèrera les musiques traditionnelles ("Les Pires", "les 4 Jean"), Chantons Sous La Truie avec un répertoire de voix (Paris Combo, Les Elles) et enfin Boucherie avec des groupes comme Pigalle, Los Carayos, Les 10 Petits Indiens, Freedom For King Kong et bien entendu Les Garçons Bouchers.


Au sein même du label on y trouve un véritable coté humain, ce qui en fera d’ailleurs une force en toute légitimité. Ainsi à l’opposé de différents labels alternatifs de l’époque, les acteurs de Boucherie déclareront tous les groupes à la Sacem et iront sonner aux portes des différents médias même les plus "petits". Afin de garder un parfait contrôle, ils aideront les petits disquaires avec l’opération "Les bouchers-disquaires pilotes". Après les sous-labels, ce sera au tour de la société d’édition d’être créée : "Charcuterie Editions", comme l’ont fait tous les labels anglais indépendants dans les années 60. Un journal voit également le jour "L’écho Des Côtelettes" tiré à 30 000 exemplaires et distribué aux abonnés et dans les concerts et qui sera un circuit de vente par correspondance car les disquaires à cette époque ferment les uns après les autres écrasés par les grandes surfaces et autres grandes enseignes comme la Fnac. Le net ne sera pas en reste puisqu’un travail de diffusion et d’infos sera mis en place sur le site netbeat sans oublier le travail de fond sur le marché international.

Bref une structure indé qui s’étend de cette manière ne pourra hélas que s’essouffler car à force d’énergie décuplée et de problèmes financiers, l’équilibre souvent délicat finira par vaciller et ce dès 1995. Dans un souci de transparence et d’honnêteté, Boucherie s’arrangera pour régler tous les artistes et ainsi honorer chaque contrat jusqu’au bout sans que les groupes concernés n’y laissent des plumes.

2001 sonne le glas pour Boucherie Prod. obligé de tirer sa révérence après un match quasi truqué par le poids écrasant des majors. François Hadji-Lazaro préférera enterrer son "bébé" plutôt que de le voir repris par Universal, une démarche salutaire.

Orphelin de label, François rebondira mais cette fois-ci en solo. Pourtant il n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’en 1996 il signe un album très personnel avec Roland Topor, il joue, arrange et chante des textes de l’artiste qui est à l’origine de la pochette d’un des albums des Garçons Bouchers "Vacarmélite ou la none bruyante". Un album très riche hélas à titre posthume puisque Topor décèdera quelques temps plus tard.


Toutefois plus question de s’acharner à fonder un autre label, un suicide financier, selon lui. C’est pourquoi il sortira son premier opus solo "Et si que..." chez Island/Universal en 2002 et suivront trois autres albums. Souvent critiqué d’avoir signé chez son meilleur ennemi, François rétorquera qu’il "faut bien faire bouillir la marmite et [...] si je suis chez une major, c’est le constat accablant d’une situation gravissime". Seuls les sots et les idéalistes réfractaires à la raison ne comprendront pas sa démarche...Ce qui n’à pas changer ce sont les chansons tendres et poético-réalistes teintées de mélancolie, sans oublier la ribambelle d’instruments peu usités, la marque de fabrique de Lazaro. L’avantage est qu’aujourd’hui François puise dans son large répertoire durant ses concerts, alternant ses propres compositions comme celles de Pigalle, des Garçons Bouchers ou de Los Carayos.

Finalement l’histoire de François Hadji-Lazaro est celle d’un homme conjugueur de talents qui aura su débusquer une multitude de jeunes pousses, talents confirmés aujourd’hui comme par exemple Paris Combo qui connait une belle carrière.

Cependant, il faut bien le souligner, le constat est amer et en 2001, une page de la musique indépendante voire de la musique tout court s’est tournée. Mais tout n’est pas perdu car la discographie laissée en héritage est immense et mérite bien qu’on en parle et qu’on la déguste à toutes les sauces. A vos fourchettes, la Boucherie est gigansteak !

Liens web : www.lazaro.artistes.universalmusic.fr/
www.chez.com/boucherieprod/

Discographie :

- 1986 : Pigalle : 1er album
- 1987 : Les Garçons Bouchers : 1er album
- 1987 : Los Carayos : Ils ont osé (live)
- 1987 : Los Carayos : Persistent et signent
- 1988 : Les Garçons Bouchers : Tome 2
- 1989 : Les Garçons Bouchers : Live
- 1990 : Los Carayos : Au prix ou sont les courges
- 1990 : Les Garçons Bouchers : La saga (l’intégrale)
- 1990 : Les Garçons Bouchers : Les cinq plus grosses bêtises (5 titres)
- 1990 : Pigalle : Regards affligés
- 1990 : Les Garçons Bouchers : On a mal vieilli
- 1992 : Les Garçons Bouchers : Vacarmélite ou la none bruyante
- 1992 : Pigalle : Pigallive
- 1993 : Pigalle : Rire et pleurer
- 1995 : Les Garçons Bouchers : Ecoute petit frère
- 1996 : François Détexte Topor
- 1997 : Pigalle : Alors
- 1999 : Recapituleidoscope " Compilation générale"
- 2002 : François Hadji-Lazaro : Et si que...
- 2003 : François Haji-Lazaro : Recueil frais et disco "cd/dvd"
- 2005 : François Hadji-Lazaro : Contre-courant avec Olivia Ruiz
- 2006 : François Hadji-Lazaro : Aigre doux

Filmographie :

- 1987 : La passion Béatrice de Bertrand Tavernier
- 1990 : Le Brasier d’Eric Barbier
- 1991 : La Totale de Claude Zidi
- 1992 : Les Mamies de Annick Lanoe
- 1992 : Room Service de Georges Lautner
- 1992 : Trop près des dieux de Jean-Michel Roux
- 1993 : Germinal de Claude Berri
- 1993 : La cavale des fous de Marco Pico
- 1994 : Dellamorte Dellamore de Michel Soavi
- 1995 : La cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet
- 1996 : Black Dju de Pol Crutcher
- 1996 : Rainbow pour Raimbaud de Jean Teulé
- 1998 : Charité Biz’ness de Thierry Barthes et Pierre Jamin
- 2001 : Le pacte des loups de Christophe Gans
- 2002 : Nha Fala de Flora Gomes
- 2004 : Les Dalton de Philippe Haim
- 2005 : J’ai vu tuer Ben Barka de Serge Le Peron
- 2006 : Qui a tué l’idiot ? de David Cangardel

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