||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

CHAMPION

Maxime Morin alias Champion est la nouvelle révélation rock-électro du moment. Star invétérée chez lui au Québec, le voilà qui débarque en France avec un album qui s’annonce déjà comme un enorme carton. Révélation des transmusicales de Rennes 2005, album de l’année musique- electronique au gala de l’Adisq 2005, numéro 1 sur i-tunes canada, Champion reste pourtant quelqu’un de très accessible et analyse meme avec humour sa notoriété. C’est en terrasse d’un café parisien que l’artiste nous a accueilli les bras ouverts. Drole, touchant, généreux et particulièrement décontracté, Maxime Morain possède vraiment toutes les qualités. Rencontre mémorable avec un prodige qui ne se prend pas au sérieux.

Mz : Sur ton album, tu as tout réalisé seul jusqu’au mixage excepté le chant que tu as confié à Betty Bonifassi. Pourtant sur scène Betty et toi etes entourés de quatre guitaristes et d’une bassiste. Pourquoi ne pas avoir tout enregistrer ensemble ?

C : Parce qu’ils existaient pas (rires). Les guitaristes n’étaient pas là, en fait avant on se connaissait pas. L’idée au début n’était pas de faire un groupe. Moi j’ai un background electronique, donc ce que je faisais dans la vie c’était des albums de musique electronique moi seul. Donc le but de la main d’oeuvre c’était de composer des partitions de guitare pour jouer à la sauce electronique. Donc avec mon ordinateur et ma console de mixage j’ai composé de la musique electronique, j’aimais pas le son de guitare de ma console c’est pour ca ensuite que j’ai pris des sons de guitare et je les ai mis dedans avec des sonorités différentes. C’est pourquoi je m’amuse souvent à dire que la majorité des groupes qui allient electronique et rock prennent une base rock donc "l’intelligence" de la musique rock avec un son electronique. Moi ce que j’ai fais c’est le contraire, j’ai pris une "intelligence" de musique electronique avec des sons rock dedans. C’est pour ca qu’il y a quelque chose de différent. Et c’est pour ca qu’au début il n’y avait pas de guitaristes parce que j’en avais pas besoin (rires). En fait l’idée est venue plus tard, j’étais sur la fin de la composition de l’album ,"No heaven" n’avait pas été composé encore, Betty venait tout juste d’ enregistrer une pièce ou deux. Et j’ai fait le concert avec les guitaristes là les gens se sont dit "oh c’est quoi ca ???" Car c’était un concert dans une salle avec un public techno, des gens qui écoutent de l’electronique pur et dur. Mais finalement pour les musiciens comme pour moi ca a été comme une révélation. Il s’est passé quelque chose de vraiment solide. Après ca j’ai sorti "No Heaven" qui était juste un riff de guitare et là j’ai mis les paroles dessus. L’album s’est terminé et après c’était clair que faire des shows avec les guitaristes était une option évidente. Alors ils sont venus mais au début je les connaissais pas, la première formation je connaissais personne. Je connaissais la première bassiste Blanche et je lui avais demandé de me ramener 5 filles guitaristes et je voulais appeler ca "Champion et ses g-strings" ( rires). Mais trouver cinq guitaristes c’était difficile et encore plus des filles ! Donc sont venus des gens que je connaissais pas. Il y a deux guitaristes que j’ai remercié et que j’ai remplacé par Sebastien qui lui s’occupait du son au début et Barry un ami de longue date, les deux seuls que je connaissais au départ.

Mz : Sur scène tu es un véritable chef d’orchestre, tu diriges tout le monde sans oublier tes platines, n’est-ce pas un peu dur à gérer ?

C : Ca prend beaucoup d’energie car les structures sont improvisées. Les guitaristes savent ce qu’ils vont jouer mais ils ne savent pas quand ni comment ils vont jouer. Donc c’est à moi d’improviser avec un language des signes, on a une trentaine de signes (il mime tout un tas de signes en riant). Parfois un signe veut dire une chose mais il y a aussi des combinaisons de signes pour cueillir l’écriture des pièces . C’est sur ca me prend beaucoup d’energie, t’es sur le qui-vive, il n’y a aucune aide-sureté, tu plonges dans le vide. Mais c’est ce qui rend la démarche interressante, ce qui rend le concert interressant parce-qu’il n’y a pas deux concerts pareils. Il y a deux pièces qu’on joue exactement comme sur l’album sinon tout le reste, 90% du show est improvisé. Et ca c’est vraiment cool tu vois ! (rires).

Mz : Au festival de jazz de Montréal, pour la fin du concert vous etes rejoints par une immense section cuivres, vous etes environ 40 musiciens, et encore une fois tu es le seul chef d’orchestre...

C : Là j’ai travaillé par sections. Quand je joue avec le groupe je parle directement avec chaque guitariste mais là avec les quarante musiciens je parlais directement avec le chef de section "string", chef de section "brass" etc... C’est vraiment cool mais c’est tellement d’energie car tu as des gens qui t’attendent qui te regardent mais ca rend l’évènement différent. Tu vois je joue de la musique electronique depuis une quinzaine d’années et pour moi jouer deux fois la meme pièce c’est presque illégal. Quand je composais un show, je le jouais deux fois et puis je changeais. J’en ai composé beaucoup des shows mais j’étais dans l’habitude de me renouveler, c’est ca la musique electronique il faut se renouveler, tu composes, tu changes, tu t’adaptes. Donc moi je joue des pièces improvisées car ca me fait chier profondément deux fois le meme show. J’aime pas entendre ca et j’aime pas le donner non plus. La créativité elle est ou là-dedans ? Il y a une créativité d’interprétation mais il faut aller plus loin dans la création. Il faut que le public partage. C’est plus un groupe en public mais un groupe par instrument, une chose, un élément. Mais tout le monde dit ca, c’est pas juste moi, c’est le commentaire qu’on me fait le plus souvent c’est "merci ca fait plaisir". Donc là on parle pas de ma performance, c’est qu’on a fait quelque chose de beau.

Mz : Justement ne crainds-tu pas que les fans de l’album soient un peu décus que tu modifies à ce point les strucutres des morceaux ?

On peut se poser la question mais c’est jamais arrivé, je me le suis jamais fait reprocher. Quand j’étais guitariste, j’ai fait de la musique pop donc là tu joues la pièce mais quand ce ne sont pas des reprises les gens ne sont pas à cheval sur le principe d’entendre la pièce comme sur l’album.
C’est important dans les shows d’installer les gens surtout dans les grandes salles. Moi je suis pas pour les salles assises. Je commence le show toujours très très lentement c’est toujours une graduation jusqu’à la fin du concert et dès le début j’installe ce principe de l’improvisation. C’est peut etre pour ca que les gens acceptent finalement. Je sais pas (rires).

Mz : Tu as formé plusieurs groupes de rock et de punk, aujourd’hui tu fais de l’electro. Finalement comment te considères-tu ? Comme un rockeur ou un dj ?

C : Il y trois métiers quand tu es musicien, tu peux etre soit musicien dans un groupe, soit musicien pour des films ou des images et le djing. Je le mets là-dedans le djing car c’est important, ce sont trois choses qui te nourrissent l’un et l’autre et les musiciens purs et durs qui ont jamais fait de djing ou de musique pour images ont un manque. Je l’ai appris moi, je l’ai vu, j’ai vu ce que ca donne. Donc je me considère comme un musicien, je suis un musicien je fais de la musique, pas plus rock que techno, j’aime la musique. Je fais pas la musique la plus complexe qui soit, j’aime la techno car elle me fait danser et j’aime les guitares car j’aime le son de la guitare, je trouve que c’est un bel instrument avec un joli son purement et simplement. Il faut prendre ce qu’on aime dans la musique. On est créateur à 50% et 50% de ta création est déjà là dans les airs. Tu prends ces éléments là et tu as juste à changer, modifier mais tout est déjà là. Il y a donc 50% qui ne t’appartient pas. Il ne faut pas faire la musique par intéret, faire ca parce que ca marche non ! C’est plus vaste que ca la musique.


Mz : Ton album Chill’em all est-ce un clin d’oeil à Metallica ? (ndlr : Le premier album de Metallica sorti en 1989 s’appelait Kill’ em all)

C : Oui j’étais un grand fan de Metallica dans mon jeune age. Au début de la techno il y avait la musique chill out, une mode, un style musical et je trouvais ca interressant de prendre le plus mou de l’electronique avec le plus hard de la musique rock qu’est Metallica et ensemble c’est ca : Chill’em all. C’est comme mon nom Champion, c’est juste pour pas me prendre au sérieux. La meilleure facon de pas se prendre au sérieux c’est de choisir un nom ridicule et il y a pas plus ridicule que ce nom là : Dj Champion (rires).

Mz : As-tu une idée de qui est ton public ?

C : Ca explose en ce moment. Sur I-tunes store au Canada, section electronique l’album est numéro un du single et numéro un de l’ album. Les gens de là-bas nous ont dit "so you guys are hot, we’ll put you on front page", ils nous ont donc proposé la première page et au début on était "okay, cool, fine" ! (rires). Il ne faut pas s’attacher à ses vieux souliers underground, nous la musique on veut la donner, la propager, la communiquer.
J’ai appris quelque chose en faisant ce projet là c’est que le plus beau public c’est le public pop. Il ne sera pas necessairement fidèle à toi car le public pop, il parle toujours en meme temps que toi tu joues mais quand tu l’as c’est le plus beau public parce que c’est ouvert à tous, pop c’est tout le monde. Il y a des gens de 50 ans, des jeunes de hip-hop de 13- 14- 15 ans et des gens de 25- 26 ans. C’est tout le monde, c’est populaire. C’est le contraire de hiérarchique (rires).

Mz : Tu viens du milieu indépendant. Depuis un an ton album fait un carton sans parler des différentes récompenses que tu as obtenu. Comment gères-tu une telle célébrité ?

C : A Montréal il y a le boulevard Saint-Laurent qui divise l’est et l’ouest. D’un coté il y a les anglophones et de l’autre c’est les francophones et à Montréal je suis beaucoup moins connu chez les anglophones donc je vais souvent marcher vers le coté anglophone comme ca personne me reconnait parce que coté francophone les gens me reconnaissent : "oh c’est champion c’est champion !!"
Mais le succès, la popularité il y a une grande partie qui est dans ta tete mais qui est surtout dans la tete des gens. Pour le commun des mortels c’est grand de passer à la télévision, d’etre sur scène, de jouer devant des centaines voire des milliers de personnes. Ils ont l’impression que c’est plus grand qu’ eux mais ca rend pas les gens plus grands , c’est juste un travail, c’est juste un job. Que tu écrives pour ton journal internet ou pour Libération ou pour le New-York Times, tu écris de la meme facon, c’est la meme chose tu écris des mots. T’es pas un etre différent, tu es le meme mais surtout plus tu vas haut et plus tu es authentique car tu ne peux pas aller haut si tu es faux sauf pour certains avec beaucoup de sous (rires) mais moi je suis pauvre donc je dois rester authentique (rires).
Il ne faut pas croire les gens, il faut ca prendre ca avec du recul. A un moment donné avec Betty (ndlr : la chanteuse des G-Strings), quand on a fait la musique des Triplettes de Belleville, on est allés jouer cette pièce aux oscars. Je venais de terminer l’album et d’un seul coup je me dis tiens je vais jouer aux oscars, je comprenais pas tout. Un ami, qui travaille dans l’industrie de la musqiue est venu me voir et je lui ai dit que je comprenais pas ce que je faisais là. Il me dit :" Ca c’est le meilleur exemple d’un travail d’une digue qui est plus impressionnante à voir qu’à faire". Et c’est exactement ca. Comme au festival de Jazz de Montréal, devant 100 000 personnes, ben moi je fais mon job. Quand je rentre chez moi, je fais ma vaisselle et ca me fait chier, elle est sale et elle pue parce que je l’ai pas lavé (rires). C’est comme je disais tant tot, la musique est là et il faut etre humble par rapport à elle. Je suis pas créateur, je suis à l’écoute des gens.

Mz : On dit souvent de la musique que c’est une histoire de rencontres. Quelle est la plus importante à tes yeux ?

C : (il réfléchit) Mon père. (ému) C’est lui qui m’ a initié, il m’a gardé ouvert. A un moment donné, j’avais aux alentours de 13 ans et j’aimais le heavy métal Iron Maiden, Judas Priest etc... On va au centre d’achat acheter des k7 et en revenant dans le véhicule mon père me demande ce que j’ai acheté. J’avais acheté "Power Slave" de Iron Maiden et "Screaming for vengance" de Judas Priest. Alors je lui dit j’ai acheté ca et ca mais tu n’aimeras pas c’est du heavy métal. Mon père me dit : "hé ho moi j’aime la bonne musique, mets la k7 dans la machine, si c’est bon on va l’écouter". Et on l’a écouté.
C’est un évènement marquant, ca c’est inscrit dans ma tete, dans mon corps. Ce qui est bon est bon point à la ligne. C’est un moment crucial dans ma vie.

Mz : Comment en es-tu venu à la musique ?

C : J’ai fait de la musique toute ma vie, j’ai commencé vers 5-6ans, j’ai toujours baigné là dedans. Il y a toujours eu de la musique à la maison.

Mz : Quelles sont tes influences ? Qu’écoutes-tu en ce moment ?

C : J’aime l’électronique, j’achète des singles, des vynils donc les noms oublie-moi je regarde pas les noms, j’achète par amour, si c’est bon j’achète. J’aime l’électro très découpé. J’aime aussi beaucoup le grim, le grim est super interressant. J’aime Micron, Aussie, c’est beau ce qu’elle fait, j’aime beaucoup. J’aime aussi un groupe montréalais qui s’appelle Priestess, un mix entre Black Sabbath et Deep Purple du vrai hard rock et c’est super bon. Il y aussi un autre artiste montréalais qui fait des trucs super beaux, il s’appelle Patrick Watson qui lui fait du rock ambiant. Sinon j’ai regardé dernièrement le film Bagad Café et le thème c’est (il chante) : " Oh oh I’m falling you". C’est beau, j’ai pleuré (rires).

Mz : Un nouvel album est prévu pour 2007, sera-t-il dans le meme esprit danceflloor ou penses-tu changer de direction ?

C : Ca peut prendre une direction complètement opposée car je me laisse une petite porte ouverte. Une chose est sure c’est que les musiciens sont là, c’est des amis, je les aime et ce qu’on fait ensemble c’est assez exceptionnel et c’est surtout très agréable. J’ai envie de continuer à faire des shows avec eux, par amour. C’est sur que j’ai envie de composer pour que ce groupe existe. Ca va etre de la musique pour guitaristes et dj !! (rires)

Mz : La scène québécoise est méconnue en France, peux-tu nous en parler ?

C : La scène québécoise comme on la voit là c’est généralement le rock garage. Le rock garage a beaucoup de place comme "Le Nombre" qui a tourné en France. Il y a un peu d’électronique, il y a Champion ! (il éclate de rire) et de la pop comme Yann Perreau et Dobacaracol qui est plus world music. Mais généralement ce qu’on voit à Montréal c’est qu’il y a pas de compétition, tout le monde se connait. Par exemple Dobacaracol, la chanteuse sort avec Sébastien, un des guitaristes de mon groupe. Pat Watson, son guitariste remplace mes guitaristes quand il en manque un. Je connais aussi un musicien qui fait du jazz-electro et qui joue avec Yann Perreau et Ariane Moffat. C’est ca qui est beau, ca crée des liens, ca crée un mélange. Eux aussi ont le gout de l’électronique par amour. Tout ca se fait par amour et non pas par interet pécunier ou parce que c’est à la mode. Ca permet aussi d’entrer tous en contact et d’etre proches musicalement et humainement, c’est toute la beauté de la scène québécoise, montréalaise, en fait c’est un seul groupe (rires).

Lien web : www.djchampion.net //
http://www.pingpong.fr

Un grand merci à Maxime, Alex (manager) et Matthias (pingpong/relations presse)

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