||||||||||||||| DOMINO PANDA |||||||||||||||

 

Au pays des colombins

Septembre 2000. La chaleur est accablante sur « las Ramblas » de Barcelone. Je décide donc de prendre de l’altitude et gravis « las calles » sinueuses, vers le « parque Guël ». Visite incontournable pour le parfait touriste que je veux être (c’est écrit dans les guides !). Je flemmarde sur la place du parc, confortablement assis sur ses céramiques ondulantes, en contemplant l’étendue de la capitale catalane qui plonge dans la grande bleue. Plus tard, je descends le magnifique escalier loufoque qui mène à la sortie du lieu. Expérimental et utopique en son temps, le parc est aujourd’hui figé comme un musée. C’est bien dommage. Une fois au pied de l’édifice démesurément dépaysant, j’immortalise l’instant par une photographie. Histoire d’emporter avec moi, une image palpable de mon voyage. Ces petits souvenirs emprisonnés sur papier glacé sont de formidables aide-mémoire. Même si, malheureusement, ils cloisonnent un peu notre imagination. Je circonscris donc mon regard dans l’objectif puis, satisfait, je m’en retourne vers ma sacoche et mon « bolcadillo » pour constater amusé qu’un impudent volatile s’y intéresse.

Les pigeons espagnols n’ont aucune éducation ! Mais de quel droit peut-il sans honte ni crainte, s’approprier mon casse-croûte ? Ce doit être parce qu’il a faim, tout simplement. En cela ils ne diffèrent guère des pigeons parisiens qui ne s’embarrassent pas plus des bonnes manières. Mes pensées m’emportent : Serait-ce un pigeon du Sacré-Cœur en villégiature ? Un pigeon voyageur, tout comme moi ! Lorsque nous sommes en voyage, nous avons parfois l’impression d’être pris pour des pigeons. Mais revenons à nos volatiles à plumes, pour les interrogations existentielles plus profondes et pertinentes où ces premiers questionnements me plongèrent.

Les pigeons voyageurs ont-ils autant de difficultés avec leurs congénères étrangers, que nous les hommes ? Tous les pigeons parlent-ils le même langage ? J’eus beau tendre l’oreille assidûment, je ne décelai aucun accent espagnol dans les sons qu’ils émettaient. Cette vie de pigeon me sembla d’une trivialité extrême : manger, boire, déféquer et copuler le temps venu. C’est d’un vulgaire ! Ils ne savent même pas qu’ils sont des pigeons de Barcelone, ces cons !

J’en vins tout de même à envier ces importuns qui n’ont que faire des embarras protocolaires qui nous oppressent et nous isolent, nous les humains. Car enfin, nos cultures et nos bonnes manières nous rendent-elles meilleurs ?

A t’on déjà constaté le massacre de pigeons par d’autres pigeons au nom d’un quelconque Dieu des Pigeons ? Un pays de pigeons a t’il jamais envahi un pays de pigeons au nom du bien, de la démocratie, au nom de la race des pigeons supérieurs ? Est-il possible qu’un pigeon, spécule sur le court du grain et la misère d’autres pigeons pour s’enrichir ? Un pigeonneau peut-il sauter par une fenêtre par peur d’être expulsé d’un pays de pigeons qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Notons que dans ce cas précis, le pigeonneau pourrait s’envoler et ne pas se fracasser sur le sol. A toutes ces questions la réponse est non, tout ce qui intéresse cette pauvre bestiole, c’est boire, manger et copuler le temps venu. C’est un peu comme faîtes l’amour et pas la guerre, mais sans les shoots au LSD et autres abus de produits nocifs pour la santé.
Je braque donc mon objectif pour figer cette rencontre éphémère. Mais saurais-je saisir l’inconsciente sagesse de cette touffe de plume ? Je sais désormais pourquoi, la colombe est le symbole de la paix.

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